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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 21:38

Avec une vision panoramique depuis l'azur, le volatile battait des ailes avec indolence. Son embonpoint le freinait. Il avait faim. Mais il sut contenir son appétit parce qu'il avait une vue, si belle, sur cet océan de verdure aux nombreuses nuances, qu'il fit fi des plaintes de son estomac. Ses yeux détectèrent un mouvement, là, en bas. Il reconnut trois bipèdes, tous tenant une énorme branche, lourde et brillante, d'un arbre qu'il n'avait jamais vu en vrai. Ils avancèrent et bientôt leur itinéraire les mènerait sur un membre de leur espèce endormi. Le pigeon avait déjà vu dans sa jeunesse comment ces branches étaient utilisées, par ces autres animaux. Il avait même pu se repaître des viscères qu'elles avaient laissées sortir d'un cadavre. Comme pris d'un sentiment de bienveillance, de bonté et d'empathie, il inclina son corps et amorça un léger changement de direction. Il commença une descente, pointant de son bec rosé cet autre animal en danger, qu'il espérait réveiller soit par son approche soit par son atterrissage. Il envisageait de roucouler pour augmenter les sonorités à des fins d'alerter.

Une douleur subite et aiguë, et soudaine, et mortelle le gagna lorsqu'il fut perforé par les serres d'un rapace. L’œil restant, l'autre était sorti de l'orbite expulsé par la pression, se ferma quasi-instantanément, désolé par son échec et regrettant sa décision. Car en poursuivant sa trajectoire initiale, les vingt degrés non-couverts par sa vision lui aurait permis, à la hauteur où il était, d'apercevoir ce prédateur et de l'éviter. C'est ce changement de plan de vol qui le désigna comme quatre heures laissant par la même occasion un vieux coucou s'enfuir et échapper à l'emprise mortelle qui devait être sienne.

La douleur et la peur qui avaient su le gagner entre le moment où il sentit l'étreinte et celui où il perdit la vie avait provoqué un relâchement. L'en bas allait recevoir quelques gouttes jaunes et rouges de la vie.

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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 21:14
Demi-teinte.
 
À la manière d’un levé ou peut être d’un coucher de soleil, la moitié
de l’astre borde l’horizon, mettant ainsi fin à une vaste plaine, quelque peu
vallonnée et faisant perdre au ciel sa couleur si caractéristique en la
remplaçant par celle du Diospyros Kaki. L’étendue tantôt rocailleuse, tantôt
herbeuse venait d’être agrémentée de trous et de tranchées. Tant
d’impacts présumant l’opposition de colossales forces, dont ont été seuls
témoins le millier de conifères et le vide, ceignant cet espace, désormais
délivrés des énergies tumultueuses.
Le silence qui règne, la sérénité qui se dégage de cette esquisse d’après guerre,
sont en demi-teintes. Les faibles rais de lumière inondent
timidement la surface de leur clarté et de leur chaleur. Mais, la lisière et
l’espace environnant la forêt, imposent toujours une inquiétante et sombre
atmosphère. Une frontière nette séparant deux mondes ; l'un d'un vert
vital assombri, l'autre bariolé, buriné, dont l'air semble saturé et suffocant.
Espace de l'entre-deux, où l'informe s'anime, où erre le danger anonyme.
Au milieu d’un parterre de dents-de-lion fraîchement retournés, un
corps gît.
Comme un projecteur, tous les rayons de l’astre sont braqués sur
lui, ne laissant, que difficilement, percevoir une flaque rouge grenat, qui
s’estompe puis disparaît à mesure que le sol l’absorbe. Bientôt
l’hémoglobine se mêlera à l'argile aux sels et autres minéraux.
En lisière, une autre silhouette tripédique titube, tel un poivrot au sortir
d’un bistrot de campagne, à l’heure de la fermeture. Il achoppe contre
chaque obstacle rencontré, branches, pierres, et tombe gauchement en
marchant sur un des lambeaux de son vêtement. C’est un tableau désolant
et pittoresque.
Vêtu d’une toge blanche, déchirée et souillée d’un vert
chlorophyllien et de taches de boue brunes, il marche s’aidant de son épée.
Il repense alors à tout ce qu’il a laissé derrière lui. Jeune et curieux, il est
parti étancher sa soif et n’est jamais revenu.
Éreinté par son combat, il débarrasse sa lame du bout de bois qui servait
d’appui. Las, il glisse son arme dans la fente d’un rocher et s’accoude sur la
garde. Le front contre le pommeau, il ferme les yeux. Son esprit le quitte
pour revivre les souvenirs des choix déterminants qu’il avait opérés.
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25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 16:37

III - L'accouchement vécu par le père.

A - L'horreur.

 

Tout le monde semble d'accord pour attribuer à la mère une sorte de médaille morale pour l'épreuve qu'elle subit. Elle est amplement méritée. Ce n'est un tabou pour personne, l'accouchement, même s'il est davantage contrôlé aujourd'hui, reste physiquement d'une rare intensité.

Nous autres hommes, nous ne pouvons pas l'imaginer. D'ailleurs, cela a même donné matière à raillerie envers nous, qui ne pourrions pas accoucher puisque nous serions à l'agonie avec un simple rhume...

Je peux me tromper mais je soupçonne que pendant le pré-travail et le travail, la douleur physique est telle qu'elle ne laisse place à rien d'autre, si ce n'est un soulagement entre chaque contraction et l'espoir que ce soit la dernière.

 

Chez moi, l'accouchement a été le troisième événement le plus douloureux de ma petite vie. Une douleur non physique qui s''exprimait physiquement.

 

14 Novembre 2018. Comme tous les matins de semaine, je me lève et me prépare pour prendre le train car je bosse en région parisienne.

Je dis au revoir à ma femme qui se plaint de douleurs (elle se plaignait souvent de douleurs ces dernières semaines et la veille, elle avait consulté aux urgences. Après chaque consultation, depuis la première échos, les lendemains étaient toujours un peu douloureux). Je n'y ai pas vu de signe précurseur.

1h45 plus tard, j'arrive au bureau et je me mets à bosser normalement, je prépare malgré tout une feuille de congé au cas où ce serait pour aujourd'hui, sans grande conviction.

9H la réunion très importante que j'attendais depuis des semaines commence.

9H30 un SMS : la perte des eaux.

Je savais qu'entre ce moment et l'expulsion de notre squatteur, il y aurait au moins une dizaine d'heures. Mais ma place était auprès d'elle.

 

J'étais rassuré, durant le trajet du retour, j'appris que ma mère était avec elle et l'avait amenée à la maternité. Elle n'était pas seule.

 

Aparté : A un quart d'heure de mon arrivée ma mère me dit que sa belle-fille souffre le martyr et qu'elle a mal pour elle. Je connais ma mère et si elle est l'une des femmes les plus merveilleuses sur terre, à qui je pourrais demander n'importe quoi, c'est aussi une des seules à qui je ne demanderais pas d'être soutenu dans la douleur. Car me voir souffrir, la rendrait malade et elle souffrirait avec moi. Je verrai sa souffrance et je souffrirais qu'elle souffre de me voir souffrir ... Bref, j'étais loin d'imaginer ce qui m'attendait.

Mon père était là, en bas et m'attendait. Je me souviens des cours de préparation à l'accouchement, je m'oriente sans stress vers les locaux, je m'habille suivant le règlement et mon père m'indique la bonne chambre. Je tape et j'entre. Dans les yeux de ma mère un soulagement, dans les yeux de ma femme, je n'ai pas pu lire de sentiment accueillant ma venue.

Pourtant, habituellement en un regard, je sais si elle est triste, contente, ravie, soulagée. Mais là, à cet instant précis, rien que mon entrée provoqua. Tout ce que j'ai pu lire, c'est la douleur et la détresse. La même détresse qu'on peut voir dans les yeux d'un animal, à l'abattoir, qui sait sa fin proche. La même douleur qui dégarnit et torture l'âme de l'impuissant, face à un visage aimé qui s'altère, qui gonfle, qui se défigure, qui se déforme, s'écorche, et se distord. C'est ce visage du patient en phase terminale.

Lorsque ma mère ferma la porte, je me suis retrouvé seul et impuissant face à Manon, désolé de son état, avec une envie de lui demander pardon. Et puis, une seconde a suffit, une contraction revenait et je devais être là. Je la pris par la main pour tenter de l'accompagner, pleinement conscient que sur l'instant de la douleur, j'étais à la fois là et pas là pour elle. Absent car la douleur m'occultait mais présent psychologiquement.

Elle n'était pas seule. Je ne souffrais pas physiquement. Pourtant intérieurement, mon coeur battait si vite, mon estomac se nouait comme si j'étais celui qui était contraint de la torturer. Des cris, des injures, des larmes et elle s'asséchait. Le manque d'humanité aussi, pendant les premières heures, on se serait presque cru à Ales, trois ans plus tôt.

Le moment béni de la péridural arriva. Tant attendue, avec des effets prometteurs en quelques minutes, d'après ce que ma femme avait pu lire... Mais le sort en décida autrement, la souffrance se poursuivit deux heures de plus.

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 19:34

- Puisque la guerre est à l'honneur, imaginons Arras, vue par l'un de ses habitants et artistes qui consignait dans son journal la découverte de la ville après avoir été bombardée.


Lundi 20 mai 1940


Les obus ne sifflaient plus, plus de cris non plus, juste des pleurs. Je décidai de sortir dans les artères d'Arras. Ma si belle ville n'était plus qu'un champ de ruines. La ville devait être réanimée : elle avait perdu de sa vie. Ses si belles fleurs, ses si beaux jardins et ses pigeons si charnus, tout cela avait disparu. L'air poussiéreux proliférait au sein de mes poumons ; je toussai, je toussai !

Près de l'ancien parc, des arbres couchés étaient recouverts de tuiles brisées ; un réverbère faisait le pont sur le Crinchon et, dans le cratère formé par l'obus gisaient une colombe et la girouette de l'abbaye. L'odeur des pavés survivants battus par la pluie et caressés par le vent, était sulfureuse.

Le calme apparent n'est pas que silence ; on entend toujours le grondement de la guerre : les explosions, les avions, les pas pressés et l'Espérance.

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 13:36

          - Elle s'avance, puis se retire. Ses mouvements de va-et-vient incessant, tantôt rapides, tantôt lents, sont à l'origine de claquements sourds dans le silence de la nuit. Il y a tant de claquements qu'il a de mouvements. Se produit alors une fine écume. Une écume blanchâtre et veloutée, une écume pleine de volupté. Écume qui échoue à l'entrée de la crevasse de sa partenaire. Espace prévu à cet effet, le terrain est dégagé. Rien ne peut obstruer sa montée en vigueur. Cette blanche écume embrasse les belles courbes naturelles et chaudes de sa compagne, toujours prête à l’accueillir. Cet espace humide et chaud est un paradis de douces odeurs. C'est la Marine, celle qui par ses senteurs délivre mes narines. Imaginez vous ce tableau que je vous dépeins ?

         - Oui, j'imagine. Et je suppose que c'est une scène qui se déroule dans un lieu serein ?

          - Oh oui, hormis ces claquements, souvent on n'entend rien d'autre. C'est une ambiance décontractante et relaxante qui nous libère, qui révèle note être intérieur le plus profond. Mais ... mais... il ne faut pas oublier, Docteur, que parfois d'autres sons émanent de ces enchaînements d'actions. Parfois, en effet, on peut entendre un souffle puissant, comme la respiration saccadée d’Éole essoufflé. Devant ce vaste lit bleu, on entend aussi, lorsque l'on reste longtemps, pour satisfaire ce désir insatiable de plaisir et de légèreté, le chant d'une femme. Chant qui nous pousse à rester en ce lieu. Chant qui nous attire, nous ensorcellerait presque, comme pour nous inviter à y passer l'éternité. Chant qui nous rend joyeux. Et toute la magie réside dans le fait que tout peut s'arrêter subitement, comme un retour au calme le plus absolu qui soit.

          - Etes vous sûr de l'entendre ? Ce peut être votre imagination. Qu'en pensez vous ?

          - Peut être, que je me convaincs que je l'entends. Ou il se peut qu'à l'attendre, je pense l'entendre. Maintenant est-ce celui d'une sirène ou, est ce là, tout simplement, ce que l'on nomme: l' Appel de la Mer ?

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 21:23

Ces mots furent une véritable révélation. Dès lors, je me relevai, et je décidai de rentrer.

 

Lorsque je fus arrivé au village, l'horreur me saisit. Des maisons avaient été pillées et brulées. Un tas de corps sans vie auquel on s'apprêtait à mettre le feu, pourrissaient à la sortie du village. Une rangée de têtes sur des pics longeait la rive. Je parcourais les ruelles, et je découvris que la potence avait eu raison de mon père et de ma mère pour avoir tenu tête à l'ennemi. Coincé sous une poutre en bois, je reconnus le père de Jonas, que j'allai immédiatement libérer. Je le fis boire un peu d'eau et l'installai sur les ruines d'une maison voisine. Il me compta les évènements survenus durant mon absence.

J'appris que les seigneurs voisins se liguèrent contre le notre qui préféra conclure un marché plutôt que de se battre pour cause d'un sous-effectif important. Les termes de ce contrat était l'arrêt de la guerre contre certains membres des populations civiles : des femmes, des enfants, et nos jeunes guerriers qui deviendront des esclaves pour certains et des soldats des seigneurs ennemis pour d'autres. Les résistants avaient été exécutés. Quant à Jonas, son père l'avait supplié de se rendre pour le moment, afin qu'il ne fusse pas tué.

Près de cinq années s'étaient écoulées depuis mon retour. Je m'étais surpassé. La colère, la haine et l'espoir nourrissaient mon désir de vengeance. J'appris nuit et jour le maniement des armes, les stratégies d'embuscade, les décoctions de guérison. Je m'appliquais lors de tous mes entrainements dans l'unique but de ramener mon ami parmi les siens.

J'étais prêt à repartir avec la poignée d'hommes, composée de quatre combattants à l'épée et deux archers, qui, comme moi, étaient animés par la force , la rage et l'envie de vaincre pour retrouver et libérer nos proches.

J'avais commandé au père de Jonas des armures uniques que j'avais moi même imaginées. Le heaume en forme de tête de Bélier était en métal et en bronze, l'armure dorsale avait été travaillée de sorte qu'un chêne décoratif fût gravé sur une plaque de métal. Sur l'armure ventrale, une double spirale de chaines liant deux coeurs à deux anneaux ornait également une plaque métallique plus épaisse que celle couvrant le dos. La protection des membres supérieurs était assurée par une armure en écailles de métal. Les gantelets étaient eux plus légers, et décorés par un cheval Blanc en relief au moyen de l'ivoire. Les membres inférieurs étaient protégés par des cuissots, des genouillères et des grèves en fer au devant, et en cuire rigide à l'arrière. Cette armure bien que complexe à réaliser était le fruit des voyages que j'avais entrepris. Elle offrait une protection quasi optimale et une légèreté permettant une grande agilité.

Pendant de nombreuses semaines nous menions campagne contre nos voisins sans être vaincus. Nous libérions nos villageois qui regagnaient notre village. Un mercredi à cinquante lieues de notre point de départ, nous approchions des mines où étaient réduits en esclavage le reste de nos familles. Les seigneurs avaient eu vent de nos exploits et avaient assigné trois sections à la protection des lieux, soit environ cent vingt hommes. Je séparai mon équipe en deux groupes de trois avec des directives précises. Mes hommes attendaient mon signal. La nuit tomba, l'offensive pouvait débuter.

Tout commençait à l'Est de ma position. L'archer décocha ses flèches rapidement en touchant avec précision ses cibles. Lorsque les ennemis se dirigèrent vers le sommet de la colline, ce sont les hommes à l'Ouest qui entraient en action en commençant par le second archer qui devait à son tour attirer l'ennemie. Une fois les positions repérées, c'était aux épéistes d'intervenir afin de laisser du temps aux tireurs de revenir sur ma position, pour qu'ils puissent les épauler à distance. A ma demande les carquois pouvaient contenir trente flèches assurant ainsi une grande autonomie à mes hommes. Pendant ce temps, moi je descendais vers les mines en faisant preuve d'une brutalité extrême. Les archers se débarrassèrent d'environ la moitié des effectifs, les quatre épéistes avaient défait une trentaine d'hommes. N'ayant plus de flèche mes tireurs étaient descendus m'aider avec des armes récupérées au sol. Les dix hommes restant furent tués rapidement et les archers se séparèrent pour aller aider chacun leur groupe respectif qui battaient en retraite. je libérai les prisonniers, dont mon ami Jonas. Tous sortirent des mines en se ruant vers les soldats restant, en récupérant à la volée les armes des défunts, pour soulager mes hommes. Jonas, surpris de me voir, les larmes aux yeux, me serra en m'embrassant pour me remercier. En sortant des mines je contemplais le chaos :

" - Quelle belle œuvre de cruauté ! Tous ses corps jonchés, tous ces cœurs percés, tout ce sang versé n'est pas l'œuvre d'Asmodée, mais bien d'Amédée, à qui plus tard on attribuera la paternité de la plus belle hécatombe de tous les temps. " Pensais-je.

Je zigzaguais parmi les corps, pour rejoindre mes compagnons. Nos villageois m'acclamèrent et Jonas apposa son poing sur sa poitrine pour me témoigner ses remerciements et son respect. Nous avions perdu deux combattants durant l'assaut. Je demandais à mes frères d'armes d'escorter le cortège et de prendre le chemin du retour. Je rassurai Jonas en lui disant que je les rattraperai vite, puis j'attendais que tous soient partis. Quelques heures plus tard, le feu se nourrissait des tentes et des corps sans tête des soldats défunts. Et devant le brasier, j'avais levé une armée, rangée en trois lignes, de quarante têtes, au visage grimaçant, élevés sur des pics. Puis je pris le chemin du retour. Mon retard fut vite comblé. Et lorsque j'eus rejoint le collège de villageois, je souris et je larmoyais de fierté, de contentement et de soulagement de les avoir libérés. Je m’exclamais en souriant et sur un ton goguenard:

" - Jonas, excuse moi de t'avoir fait attendre.

  - Par tous les Saints, je n'aurais jamais cru te revoir. Quel plaisir d'être libre. Amédée, pendant longtemps durant ma captivité j'ai pensé à toi. Je me demandais le genre d'homme que tu étais devenu, les histoires que tu avais vécues, les choses que tu avais apprises. Mais d’ailleurs, quand as tu appris à te battre et as tu acquis une telle force ?

  - Le jour même de ta capture ; je rentrais au village, je secourus ton père, j'appris ton asservissement et je décidais de te libérer.

  - Par la grâce de Dieu, je t'en remercie et je te suis éternellement reconnaissant. Il nous faut rattraper le temps perdu désormais. "

 

             Les semaines passèrent et notre retour au village fut triomphale. Notre seigneur était lui aussi présent avec son armée. Il demandait à ce que je m'avance et voulait que je lui prêtasse serment d'allégeance pour être investit chef de sa garde. je m'avançais et je clamais parmi la foule :

" - Qu'un lâche puisse demander fidélité et allégeance à son armée, constitue un comportement blasphématoire envers la noble tache qui incombe aux soldats, envers ses sujets, et envers Dieu. Ce lopin de terre, celui-ci, celui-là, et tout ce village n'est plus à la botte de CE seigneur déchu. Il est aujourd'hui libre et indépendant. Et ne sera dirigé que par un chef local, choisi par les membres de son peuple. Votre lâcheté vous a poussé à vendre vos sujets, ma bravoure et mon courage leur ont permis un retour au village. Telle était la conduite exemplaire d'un seigneur qui se respecte. Par bonté, je vous laisse la vie et je vous permets même d'intégrer notre communauté. Mais votre condition n'est plus en ces lieux."

La foule approuvait ainsi que les soldats. Je devins chef. Je me servais de mon long voyage, pour administrer mon village. Je le munissais d'une armée puissante, de remparts et de protections diverses lui assurant une longue prospérité.

 

              Un grand feu brulait au centre du village. Les flammes dansaient sous cette pleine lune, comme pour la charmer. Il faisait chaud, l'air sentait la viande grillée, je me souvins alors de mon abominable œuvre, les hautes flammes qui consumaient les déchets et l’odeur de la viande morte qui carbonisait... j’appréciais ainsi ce moment, en arrêtant mon regard sur chacun des visages des villageois, souriant, heureux d’exister, de boire et de manger. C'était l'occasion d'un grand banquet non plus d’un petit peuple mais d’une grande famille. Ce soir était propice à mon histoire. Je me transformais, pour le temps d'un soir, en héros qui narrait son épopée révérée. Le Bonheur et la Joie étaient là. 

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 20:19

Je quittai le foyer familial très jeune. En réalité, dès que j'eus l'age de prendre les armes. A l'époque, le seigneur nous enrôlait très tôt, dans l'art de la guerre, afin d'agrandir son armée, son territoire, sa richesse. Mais les armes ce n'étaient pas pour moi . Moi, j'aimais la nature, les animaux, m'allonger près de la rivière pour écouter la symphonie que m'offrait la nuit. J'aimais aussi écouter les ménestrels et regarder les spectacles qui se produisaient dans la rue. J'affectionnais particulièrement les soirs de pleine lune. Ces soirs là, un grand feu brûlait au centre du village. Les flammes dansaient sous la lune comme pour la charmer. Il faisait chaud, l'air sentait la viande grillée, l'eau était fraîche, c'était l'occasion d'un grand banquet du petit peuple avec la participation pécuniaire du seigneur. Ces soirs étaient propices aux histoires. Beaucoup se transformaient, pour le temps d'un soir, en marchands de rêves... La priorité était donnée aux étrangers, c'était l'occasion pour nous de nous tenir au courant des événements qui se produisaient dans les villages voisins... Puis, se succédaient respectivement les voyageurs, certains soldats, les vieillards et vers la fin des festivités, quelques poivrots contant des histoires qui ennuyaient les enfants, déplaisaient aux femmes et ne faisaient rire que d'autres hommes soûls. Enfin le plus important à cette époque était les liens que j'avais avec Jonas, mon ami.

Nous nous connaissions depuis le berceau. Nous passions certains moments tous les deux mais n'étions pas toujours ensemble. Il faut dire que lui se passionnait pour les armes et l'action ; quoi de plus logique quand on a un père forgeron ? C'est souvent moi qui lui rendait visite mais c'est souvent lui qui fournissait les efforts pour pratiquer des activités communes. Ainsi un soir, allongés dans l'herbe, prêt du fleuve, nous parlions longuement... D'abord, nous nous souvenions des bons moments passés ensemble, ensuite je le laissais nous projeter dans le futur. Mais ce soir là, il cherchait d'avantage à savoir ce a quoi je pensais :
 " - Pourquoi c'est toujours à moi de parler de nous au futur ?
- Tu te souviens de ce qu'a raconté le vieux Johan sur la différence entre la fourmi et la cigale ?
- Oui bien sûr ! la cigale n'avait rien à manger pendant l'hiver car elle n'a fait que vivre le carpe diem pendant l'été. La fourmi, elle,  faisait des provisions pendant les beaux jours... pour survivre à l'hiver.
- Mais te souviens-tu de ce que la cigale dit à la fourmis quand celle-ci lui fit remarquer que l'oisiveté n'était pas bon ?
- Heu ...Non pas du tout !
-  Mon ami fourmi, pourquoi perdre mon temps à engranger durant l'été, alors que c'est la seule période où l'on m'écoute chanter ? Toi, tu es réputée laborieuse et courageuse et ce puisque tu te projettes dans le futur, futur amenant la période froide, que nous détestons. Mais tu sais Fourmi, le futur est incertain !"

Je poursuis en concluant :
" - Voila pourquoi je n'aborde pas ce sujet avec toi... le futur est incertain ! Je ne doute pas lorsque tu dis que tu deviendras un grand chevalier mais je peine à m'imaginer.
 - Et comment sais-tu que le futur est incertain ? Au final, comme moi tu devras servir notre seigneur.
- C'est pour cela que j'ai demandé à te voir aujourd'hui. Jonas, je vais partir ! Je ne sais pas encore où mais, je sais que je reviendrais dans très longtemps. Si je reste, je ne serais pas heureux car je ne trouverais pas le bonheur dans les armes.
- Sérieusement ? Je ne m'y attendais pas... Mais si c'est ce que tu veux, l'ami, si tel est ton souhait ... alors qu'il en soit ainsi et que tu puisses être heureux. Nous nous reverrons ... "

Ce fût les derniers mots que j'échangeais avec Jonas avant mon départ. Après une chaleureuse accolade, nous nous souhaitions bonne chance. Je partis quelques jours plus tard. Je traversais de nombreux comtés. A pied et à cheval, je sillonnais le territoire et je rencontrais de nombreux individus. Mon voyage fût très enrichissant. Et un jour, j'entendis parler, près du domaine seigneurial de Montaner, d'un curieux animal, un oiseau bleu* qui chante et qui parle. Je me mis à sa recherche. Traversant les forets, gravissant les montagnes, luttant contre les vents violents sans jamais l'apercevoir, je finis par désespérer. Fatigué, je m'étendis de tout mon long sur le sol en fixant les nuages. Cet azur qui m'apaisait, provoqua chez moi un stimulus faisant dérouler toute une série de souvenirs de moi, de Jonas, et de ma vie d'enfant. Soudain, j'entendis non loin de ma position un homme pousser la chansonnette. Il passa devant moi et s'adressa en ces termes :

"  - A en juger par votre mine, je suppose que vous êtes exténués ? Tous les hommes cherchant ce fameux oiseau finissent ainsi.
- Vous semblez en savoir des choses sur cet animal ... Peut-être pouvez-vous me conseiller, vieil homme ?
- Jeune Homme, retenez ce que je vais vous dire ! L'oiseau bleu est en réalité le Bonheur et cela n'existe pas dans ce monde. Ce n'est qu'un mot inventé par l'homme pour conceptualiser une finalité. Mais si le bonheur n'est que rêve, il nous reste la Joie.
- Vieil Homme, je suis parti à la recherche du bonheur et j'ai tout quitté dans ce but.  Tu dis que je ne peux le trouver. Mais qu'il existe en ce monde la Joie. Comment puis je la trouver ?
- Je ne peux pas apporter toutes les réponses. Il faut finir votre voyage. Un Homme doit découvrir ce genre de choses lui-même !"

Sur ces mots, il reprit son chemin. Éloigné de quelques pas, il s'exclama à haute et intelligible voix :

" - Amitié rime avec Félicité ! "

 

* L'oiseau bleu est un conte qui m'inspire !

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 21:49

C'était jour de marché, comme tous les jours, depuis fort longtemps déjà, il faisait chaud, très chaud. L'ardant soleil brûlait notre peau mais la vie nous était permise, non grâce à nos capacités d'adaptation limitées, mais plutôt grâce à la bonté d'une forme d'Amon-Râ, celle de Khnoum, gardien de la source du Nil ! Ce fleuve bordé de part et d'autre par une terre fertile a permis notre installation.

En ce jour de marché, je transportais avec un autre esclave, le fils de mon Maître qui souhaitait s'aérer. Par la même occasion, j'avais été chargé de l'achat de quelques produits. Mon Maître ... c'était un petit homme, bien enveloppé. C'était un homme bien ; non pas bon, puisque sa bonté se limitait à son extrême cupidité. Parfois, lorsqu'il était satisfait de mes services, il me récompensait en soulignant que la meilleure manière de dépenser cet argent, restait de lui faire une offrande.

Certains esclaves gardaient cet argent en vue de l'achat de leur Liberté. Folle idée, pensais-je, puisqu'il nous faudrait deux vies de services ! D'autres se permettaient de servir leurs intérêts ; en général c'étaient les plus pauvres d'entre nous ! Moi, j'eus la chance de comprendre très vite que le fils du Maître voulût être scribe. C'était la raison pour laquelle je conservais mes gages afin de suivre le conseil du Maître, celui de lui faire une offrande. Même si en réalité, elles étaient destinées au fils.

Ce jour là donc, le jeune Maître, avait aperçu un calame finement taillé. Bien trop coûteux pour que je pusse lui offrir comme il l'eût souhaité.

 

Nous poursuivions notre chemin lorsque mon ami esclave disparût parmi la foule. Nous nous devions, le jeune Maître et moi, de rentrer. Sur la route nous avions rencontré des émissaires de Pharaon chargés de la sécurité publique, en provenance de notre domaine. Ce dernier se tenait debout, son fouet à la main ! Il me fit signe d'approcher. Je m’exécutais !

Puis il commença un long monologue :

" - La justice de ce royaume, veut que le voleur ait les mains coupées. Le vol du calame que mon fils voulait, m'a coûté un esclave ! Que puis je faire d'un esclave sans main ? Rien ! Si ce n'est l'affranchir ! Ma justice veut que je punisse celui qui organisa le vol ! Toi, esclave, je te punis : cent coups de fouet sur trois jours ! "

Je ne pouvais ni rien dire ni rien faire auquel cas ma sentence aurait été plus lourde. Il était de tradition que lorsqu'un esclave était jugé par son Maître, nul autre individu ne devait être présent. Je m'étais donc mis à genoux sur le sol. La pluie de coups, que je reçus, déchira ma loque dans un premier temps, et dans un second me dépeça l'épiderme du dos. Je m'évanouis le dos lacéré. Le lendemain, le Maître rentra de la cérémonie d'affranchissement et m'infligea une nouvelle fois sa sentence qui était d'une intensité plus forte ; et la douleur était bien plus insupportable que la veille. Je ne vis pas le jour tomber. C'était la pluie, la fraîche pluie qui me réveilla. Parce que me relever était trop difficile, je préférais ramper jusqu'à l'abri formé par le toit de la maison. J'entendis alors le fils du Maître répéter les événements survenus deux jours plutôt. Le Maître se lamentait et courut vers la porte. C'était la première fois que je le voyais larmoyer. Il s'abaissa, me ramassa et m'installa sur une chaise avant de me confesser :

" - Vois tu, esclave, ces larmes ? Ce sont des larmes de honte. Les larmes d'un homme qui est dans l'erreur. L'esclave aux moignons que j'ai libéré m'a rapporté qu'il avait agi sous tes ordres.

Mon fils, aujourd'hui, m'a expliqué ce qu'il s'était passé. Au nom de Pharaon , je souhaite m'excuser de la sanction que je t'ai infligée.

- Maître, vous êtes le seul en ces lieux qui puissiez décider, si ce que je fais est bien ou mal. Vous ne pouvez et vous ne devez vous excuser à un esclave !

- Une telle injustice n'aurait pas été commise par un homme de bon discernement ! C'est pourquoi je suis prêt à mettre fin à ta condition et à te rendre plus riche que tu ne l'es. Sans exagération, bien entendu.

- La Liberté ne m'intéresse nullement. N'ai-je pas eu le choix de vous servir ? En effet, j'aurais pu fuir ou me révolter ! J'aurais pu aussi refuser de m'endetter auprès de votre famille. Je serais certainement mort ; mais mort libre. Et parce que j'ai eu ce choix, je ne me suis jamais considéré comme non libre. Et je ne veux pas non plus de cet argent que vous chérissez tant !

- Esclave, tu tiens un raisonnement qui se veut argumenter et persuasif ! Comment un homme de ta condition peut il atteindre ce niveau d'expression propre aux scribes ?

- Maître, laissez moi simplement continuer d'apprendre !"

Il comprit que les offrandes que je faisais à son fils avaient un intérêt plus personnel. Il me permit la consultation de ses ouvrages, et me donnait plus de temps libre.

Puis quelques cycles lunaires passèrent et les affaires de mon Maître déclinèrent. Il avait dû vendre tous les autres esclaves. La maladie le toucha. Alité, il m’appela pour me donner ses derniers ordres :

" - Toi, esclave, il y a déjà de nombreuses crues que tu apprends. Ne connaîtrais tu pas un remède à mon mal ? Car les services de Pharaon me coûteraient ma maison, mon fils et toi."

Je répondis négativement. Alors il ajouta en présence de son fils :

" - Esclave, mon dernier désir est que tu t'occupes de Néterou ; qu'il grandisse en la compagnie d'un homme sage et cultivé."

J'acceptais. Le jeune Maître grandit ; et devint un scribe de renom. A l'heure de ma mort , je dis à Néterou:

" - Votre père aurait été fier. Néterou, il est l'heure pour moi du jugement de Maât. Je ne suis pas inquiet car j'ai su rester simple même après mon enrichissement, même après mon élévation au sein de votre famille. Dieu m'a permis d'acquérir la richesse pour faire du bien et je vois dans l'eau de votre œil qu'en aimant mon prochain, j'ai trouvé en votre famille, des parents. Je pars le cœur léger !"

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