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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 23:25

Il y a déjà très longtemps que j’ai une idée fixe sur ce thème.

 

La réflexion est née en 2009. Le jour de la photo de classe. En plus c’était pendant le cours de philo. Ça m’a donc fait doublement chier.

 

Cependant, je n’avais pas le choix. Sur le trajet, entre la salle et la cours, j’ai eu le droit à un cours de sagesse gratuit suivant la méthode antique. Ça c’était fun. Et puis, me voyant contrarié, Didier, mon prof, m’interrogea. Et je lui expliquai en substance ceci :

 

Je n’aime pas la photographie. Je suis même contre la photo.

 

D’abord, parce que je trouve que j’ai une tête de con dessus. Mais surtout parce que je ne trouve pas ça naturel. Le principe de faire un arrêt sur image du temps alors qu’il est censé s’écouler sans cesse me semblait malsain, sans que je sache l’expliquer vraiment. Il me semble que c’est comme refuser l’écoulement du temps et le fait que tout prend fin. La photographie permet d’immortaliser et par là, elle peut, peut-être, rassurer les gens face à la mort.

Ensuite, parce que l’on attribue à la photo un rôle de sauvegarde de la mémoire. Or, justement capturer un instant, c’est permettre au cerveau de l’oublier, de le ranger quelque part et de ne s’en souvenir qu’au moment de retomber sur la dite photo. On se prive de se souvenir consciemment.   

 

D’ailleurs dans le jargon on dit « capturer un instant », capturer est liberticide. Quelle liberté tue-t-on ? Je ne mets pas encore de mot dessus.

 

Pourtant la photo artistique, ça j’aime. Je ne suis pas opposé à l’Art. La photo, qui nous permet de découvrir sous des angles différents la même chose, n’est qu’une poésie simplifiée.

 

En plus de ça, vous savez (lui dis-je), je pense que c’est très hypocrite. On se force à sourire alors que l’on ne le souhaite pas forcément. Aujourd’hui on vend la possibilité de se souvenir de sa classe mais combien d’entre nous resterons en contact ? Les relations, ça va ça vient. En fait, c’est surtout le moyen de tirer malhonnêtement de l’argent de ses élèves.

Les photos de famille, c’est un peu la même chose. Ça prend l’instant indépendamment de ce qui se passe avant et après. Comme ci, le bonheur n’était pas possible, et qu’il fallait à tout prix le capturer, pour qu’il existe au moins virtuellement.

 

Enfin, pour moi la photo, c’est aussi une cause de souffrance. Se souvenir d’un moment heureux, de manière instantané, sans cultiver la philosophie du souvenir, peut faire naître des sentiments de nostalgie voire de tristesse.

 

 

Voilà ce que je pensais jadis, à 17 – 18 ans.

 

 10 ans plus tard, je ne regrette pas le boycott de l’achat des photos de classe. Il faut dire qu’en plus j’avais raison. Entretenir des relations est un combat que nous perdons à coup sûr si l’on est seul. Pour le reste, ma position a effectivement évolué.

D’abord, bien que je sois toujours en phase avec ce que je pensais, je me fiche que ce ne soit pas naturel. Ça existe, alors faisons avec et tentons de la « moraliser ».

La photo est un bon moyen d’aider à développer le souvenir grâce aux détails. J’aime beaucoup les photos de l’instant, celle qui garde un sourire vrai, celle qui immortalise un moment non mis en scène. La vérité d’une photo c’est ce qu’il y a de plus beau.

Je n’ai plus rien à faire que le concept est de figer le temps car vous l’aurez compris maintenant : réfutant son existence, on ne peut pas figer ce qui n’existe pas. Le mouvement lui est perpétuel, et le cliché nous le rappelle.  

 

Je m’adonne parfois à des séances forcées de selfies : je me prends au jeu pour accepter de « capturer un instant » mais ça ne dure hélas que quelques minutes. Au bout de 5 tentatives, je ronchonne. Conscient que nous ne pensons pas tous pareil, j’accepte, sans mot dire, les photos et j’affiche un sourire travaillé que je peux garder le temps d’une vidéo.

J’utilise aussi Instagram, qui par essence se veut le réseau de partage d’images et photos. Je peine à l’alimenter.

Enfin, une nouvelle idée me vient au moment où j’écris. Cet engouement pour la photo a permis la création d’un marché. Ca a créé concomitamment un besoin chez certains, poussant à la consommation de bien onéreux. Je pense notamment au téléphone qui concurrence aujourd’hui certains appareils photos. Les consommateurs ne recherchent plus un téléphone mobile avec caméra/appareil photo, mais un appareil photo avec l’option appel et sms. Ils déboursent des fortunes pour des mobiles qui associent super qualité de pixellisation, batterie longue durée, capacité de stockage hors norme. Ils deviennent esclaves de leur besoin, se refusant le retour à un smartphone moins doté.

 

Pire encore, je soupçonne un manque de présence pour de nombreux jeunes utilisateurs. Ils peuvent s’y prendre à plusieurs fois pour photographier et, ce souci d’apparence parfaite les détourne de vivre pleinement l’instant présent avec toutes ses richesses que nul appareil ne pourra jamais sauvegarder.

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